Forme 4 – ACTA

   Là-haut, depuis la branche thoracique, il y a la cage des oiseaux noirs, gris et bleus qui s’accrochent à l’omoplate où le ciel est à l’envers

Le tonnerre, ou ce qu’il reste de ton nerf, est plus tortueux encore, en sa traversée de l’ultime vertèbre

La foudre a tracé l’escarbille et l’a dûment dupliquée

                        mais il a beau jeûner

                                     il a beau écarquiller les yeux

tout ce qui sort de l’utérus pend

            vers la vue diamétrale du feu

                                                           et l’ancêtre de l’herbe en est

                                                à signaler

                                                               l’insanité d’une veine

                                        originaire

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Une réflexion sur « Forme 4 – ACTA »

  1.    Ceci n’est pas un orgue pour enfant !

       Pourtant, l’oreille de l’enfant est la première des matières premières de cet arraisonnement commercial. Comment cela se fait-il ?

       Pour élaborer la Fo4 intitulée « ACTA », des composants électroniques ont été utilisés : il s’agit de l’ensemble de ceux d’un « orgue éléctronique » (un appareil à émettre du son) qui était destiné aux enfants des classes populaires ; lorsque le n° 22110 40440 était inscrit à l’intérieur de la coque de plastique, en revanche la marque de l’instrument n’y était pas mentionnée.

       De plus, au moment de sa collecte aux encombrants, le logotype de la société de commercialisation et de diffusion de cet appareil prétendument musical était constaté arraché de l’enveloppe extérieure de l’instrument. La marque de cet instrument en particulier étant évidemment accessoire, a été écartée l’idée d’une recherche afin d’identifier le constructeur.

       Destiné aux enfants des classes populaires, cet « orgue électronique » (exactement un piano synthétiseur) n’est pas à proprement parler un instrument de musique. Et c’est en effet là tout ce qui nous importait pour cette Forme : qu’il produise non pas des sons, mais des bruits non-schaefferiens !

       En effet, ce jouet n’est pas un orgue électronique de qualité, et le bruit qu’il peut évidemment produire – on pensera alors à l’effroi que suscite l’orage – n’instruit pas l’oreille : accrochées, au sens andersien (cf. le dispositif ou Gestell heideggerien), par les intérêts des marchés du composant électronique et de l’industrie du plastique, les classes populaires, qualifiées par mépris politique et dissimulation des causes de milieux « défavorisés », sont littéralement tintamarrées – vers le « bas », alias le peuple – par des producteurs de bruits aux débouchés tous azimuts.

       Grosso modo, Le Collectif Antecimaise était dédié à la poche amniotique et à l’océan, ainsi qu’au placenta. Il l’était aux créatures des grands fonds, et à ceux des fleuves et de leurs affluents. Avec le Collant, nous avancerons d’un pas vers le sec, peu en avant il est vrai, mais de manière toutefois assez significative : il s’agira de sortir des eaux, peut-être au niveau de la mangrove ou de l’estran, ou plus avant si possible ; et, partant, de pendre au bout d’un cordon, comme le dieu Odin, l’initié Rose-Croix ou le chaman, le postulant reçu à MACparis ou au salon Puls’Art du Mans, le général tout bardé de médailles qui n’a rien à envier au diplômé des grandes écoles et inversement, le pendu du Tarot, le nouveau-né avant qu’une sage-femme clampe le cordon, etc.

       Avec ses transfo-diviseurs qui descendent en cascade de manière à produire les octaves, l’une des deux surfaces du générateur transistorisé de l’orgue électronique est de couleur vert émeraude, l’autre, celle où sont insérés les transistors, les condenseurs, voire les circuits intégrés avec leurs broches, est de couleur terre d’ombre naturelle. (Au regard de leur taille respective, ce sont deux supports de circuits électroniques principaux qui organisaient ce jouet. Ils ont été installés pour que leur face de couleur chaude soit vis-à-vis l’une de l’autre.) Tous les éléments électroniques sont par conséquent des composants de l’orgue pour enfant : les deux cartes reliées par des nappes blanches (l’une est longue de trente et un centimètres, l’autre de cinquante-huit), ainsi que l’ensemble des fils colorés qui alimentaient des fonctions de commande sur la coque désormais ôtée de l’instrument.

       Intercalé entre une pelote de ficelle de chanvre pour suspension haute et de la ficelle de coton prolongée de fil de nylon transparent pour suspension basse, le plateau rotatif 360 degrés – pas cher chez l’e-marchand du coin, encore moins aux encombrants – de quarante centimètres de diamètre pour une hauteur de quinze millimètres de bois clair fait-il office de diaphragme, de bouclier à tonnerre ou de tambour à pluie ?

       Précisément, sur ce présentoir à usage domestique – un plateau tournant de bois destiné aux condiments rangés dans le placard ou aux fromages proposés sur la table –, sont disposés une bobine de ficelle de chanvre, ainsi qu’un plioir dont la fonction est d’enrouler une ligne de pêche. (Les deux éléments présentés dans cet alinéa seront développés plus avant.)

       Pour sa partie aisément visible, « ACTA » est composée d’un bas de ligne (plomb, émerillons, etc.) :

       Disposés en triangle sous un socle tournant d’exposition non motorisé en bois clair, probablement pas du bambou ni du sapin, ce sont trois fils de pêche qui forment une pyramide inversée. Au sommet de cette pyramide inversée, un plomb olive permet aux trois fils de se réunir en un seul point.

       De ce plomb de forme passablement oblongue sortent donc les trois fils de pêche qui, avec la lente rotation de la forme due à celle du susdit plateau, finissent par former un vague toron de trois brins.

       Parmi les cinq solides de Platon, rappelons que le tétraèdre est le symbole du Feu, ici de la foudre qui traverse l’air.

       Chacune des six arêtes du tétraèdre orthocentrique, dit régulier, rejoint quatre sommets ; chacune des six arêtes du tétraèdre de chanvre (d’une pyramide assise sur sa base) ou de nylon (d’une pyramide en équilibre sur son sommet) est d’une longueur de vingt-quatre centimètres.

       Étant suspendu au plafond au moyen d’un piton à visser en acier zingué, sur chacune des faces du plateau de bois clair trois des quatre sommets de l’une des quatre faces triangulaires d’un tétraèdre aux arêtes de bois sont matérialisés : en haut comme nous l’avons vu ; en bas au moyen de fils de nylon.

       Au dessus, les trois crochets à visser sont également en acier zingué, et, au-dessous du plateau préalablement poncé de son vernis, la fixation de fil de pêche est assurée au moyen d’émerillons barils n° 8 sortant de trois œillets de laiton.

       C’est cette face-là du plateau qui forme la base d’une pyramide inversée dont les trois arêtes supérieures, retournées et donc pointant vers le sol, ne sont matérialisées que par les trois fils de pêche mentionnés ci-dessus.

       Le cas du tétraèdre régulier est particulier : il est orthocentrique et ses hauteurs (en tant que segments joignant un sommet à sa projection orthogonale sur la face opposée) sont concourantes en un point situé H au 1/4 de leur longueur à partir de leur pied qui est aussi le centre de gravité.

       Maintenant arrivés à ce point, montrons-nous compendieux à dérouler le fil des deux éléments ramassés plus haut. Avant cela, signalons que l’octaèdre est le symbole de l’Air, que les deux tétraèdres de fil de pêche et de fil de chanvre ont pour base commune un plateau rotatif ; s’il tournait, les tétraèdres tourneraient à l’unisson.

       Il est temps de suspendre les cartes informatiques du jouet musical ainsi que le bois flotté : bien qu’il s’agisse précisément d’un piano synthétiseur électrique, acheté par d’aucun parent mal informé autant qu’inculte et désargenté, bas de gamme ou offert à l’occasion d’une fête ou d’un anniversaire, et peut-être à Noël par servilité à la tradition du plan Marshall, le terme inapproprié d’instrument « de musique » est employé verbatim.

       La nappe blanche, c’est de la connectique en effet ; cela relie l’un à l’autre des éléments du support informatique (le court, qui est le plus épais, et le long qui est le plus étroit). Là, je n’ai rien retouché : juste relié les deux cartes pour que le vert (le péricarpe idéalement, ou l’interface, id est la surface-peau), soit à l’extérieur et à l’intérieur le brun (la graine, ou les organes et viscères).

       Quant à l’utilisation du fond dur, il convient ici de préciser ce choix et celui de son mode d’application. À condition de ne pas saturer celui-ci avec celui-là, on obtient un aspect neutre, comme pour le fond dur à l’eau, et qui préserve donc la couleur et la texture des bois. Or le bois, nous le constatons sur les photographies, est saturé de fond dur ; il s’agit d’une « nouvelle formule » avec des « résines spéciales », nous affirme le fabricant. (La prose incontournable du pot d’un litre est éloquente, qu’il suffit de lire pour être convaincu de la nécessité de l’achat.) C’en est au point que même sec, il semble ici et là presque dégoulinant. C’est voulu : puisque Ouranos visitait Gaïa, à l’éclair allait succéder la pluie.

       Mais après quelques couches, la saturation, tout en préservant les qualités chromatiques du bois traité (couleur et texture), ajoute à la texture (sans altérer la couleur) un gel protéique, de la glu visuelle ainsi qu’une couette autour du bois, sans l’oblitérer de ses autres qualités de ton.

       Les résines du fond dur badigeonné en plusieurs couches ont conféré une texture quasi minérale à l’écorce noire de la branche, qui a par cette application résolument rejoint l’aspect des cartes informatiques. Au fond, c’est là tout ce que nous attendions de ce fond dur « nouvelle formule » : qu’il nous démontre, tout en étant capable de le revêtir d’une capote subtilement dissimulée en stabile, sa capacité à réifier l’un de ces objets naturels tombés de l’arbre-qui-est-le-monde (et plus précisément à oblitérer la polysémie signifiée par La Forêt de Ghérasim Luca).

       Alors, en bardant la nuit organique et matricielle au moyen de sons bassement démocratisés, il restera à épiloguer longuement sur la commercialisation électronique d’un bout d’ancienne église et de ses parties de clocher !

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